WhateverHappened ToMyRocknRoll

J’ai un rêve. Un rêve éveillé, en quelque sorte. Dans ce rêve, je suis immense et invisible comme Dieu. Je me penche sur la France, j’attrape Jean-Marie Le Pen par la peau du cou comme un chaton et je le dépose dans un pays étranger. (Lui qui répète à loisir : “Mais si, mais si, nous aimons les étrangers… chez eux !” Voire, donc.)

Dans ce pays, Jean-Marie n’a aucun pouvoir. Il est comme vous et moi. Normal, nu. Enfin, habillé, mais sans uniforme. Il n’est le président de rien du tout, il ne représente aucune autorité, il n’a pas le droit de donner des ordres ni de malmener les gens ni de tonitruer devant des micros. C’est juste une homme. Un peu bedonnant, un peu laid, mais un homme quand même. Etonnamment blanc et rouge de peau, mais, bon, un homme. Il se trouve, donc, lâché dans ce pays étranger, mettons dans un petite ville au fin fond de la Chine, de l’Inde, de l’Afrique, peu importe, les possibilités son légion. Autour de lui les habitants de la ville vaquent à leurs occupations, travaillent, circulent, discutent… Et voilà, Jean-Marie ne comprend rien à ce qui l’entoure. Je l’imagine, là, dans la détresse de l’étranger, à se faire tout petit, tout poli-poli-gentil. Un Le Pen terrifié, soumis et obséquieux, essayant par tous les moyens d’entrer dans les bonnes grâces des autochtones. Où va-t-il bien pouvoir dormir ce soir ? Comment fonctionnent les hôtels ici - et d’abord, existe-t-il des hôtels ? S’il vous plaît monsieur… Excusez-moi… Parlez-vous le français ? Non?… Hô… tel ? Je suis crevé, j’ai envie de dormir… Comme ça, dormir, ropiche ! Et puis… j’ai faim… J’ai l’estomac dans les talons… Les talons, vous comprenez ? Là ! Non ? S’il vous plaît… un restaurant ? Res… tau… rant ?

Jen-Marie Le Pen ne connaît pas un chat dans ce pays. Il n’y a même pas de tante Wilma pour aller lui chercher un croissant au beurre.

C’est tout. C’est ça mon rêve. Comme ça.

—  Nancy Huston, “Nord Perdu”

There must be something strangely sacred in salt. It is in our tears and in the sea.

—Kahlil Gibran, Sea and Foam (via abstractnumbers)

(via abstractnumbers)